24/01/2018

"La débacle des débats" - Padmavat - Deccan Chronicle

a.jpgPadmavati se nomme désormais Padmavat. Ouf ! Nous avons tous poussé un soupir de soulagement quand la crise a été évitée. Mais apparemment, pas encore !

Le film est toujours sujet à objection pour quelques uns qui ne l'ont pas encore visionné.

Ces nouvelles qui ont fait la une des journaux ont été reprises lors des débats télévisés publics de grande audience où personne ne veut tenir de conversation, délibérer au sujet d'opinions contraires ou simplement discuter. Dans ces débats, on ne trouve qu'un groupe de gens ayant des points de vue fixes argumentant, se disputant et réfutant.

Quelle que soit la chaîne d'information que je regarde, ce qui apparaît de façon catégorique et nette, est l'absence de débats sains et constructifs.

Nous pouvons en blâmer les concepts en vigueur, la course au taux d'audience, le besoin de controverse ou simplement le manque de respect grandissant face aux point de vue divergents. Il en ressort que les problématiques essentielles sont mises de côté et que les opinions arrêtées priment sur les débats.

Les gens aux opinions arrêtées ont toujours fait partie des nouveaux débats mais leur rôle semble s'être élargi au cours des dernières années, se démarquant par des déclarations stridentes et discordantes.

Une tendance distincte se fait jour, non seulement dans les studios de télévision mais aussi dans les médias sociaux, les universités, les plates-formes publiques et même au sein de groupes d'amis dans des cafés.

Il semble que nous perdions de vue la notion de débat et qu'à la place, nous devenions hystériques et agressifs verbalement à l'encontre du point de vue des autres personnes, leur coupant la parole sans ménagement.

Faire des commentaires personnels, devenir grossier ou même menaçant semble faire part désormais du "débat".

Nous vivons dans l'âge des dévouements toxiques qui souvent sont sourds et aveugles à tout comportement rationnel. (...)

La tendance à ergoter s'accroît de plus en plus et nous oublions "l'art de la conversation" ainsi que "la critique constructive".

Dans une démocratie, nous devons nous souvenir de tenir des débats civilisés et d'exprimer la volonté de concevoir de multiples points de vue.

Aujourd'hui, un point de vue neutre ou une juste critique semblent être une lointaine théorie, spécialement lorsqu'il s'agit d'opinions sociales ou politiques.

Le nationalisme est devenu une excuse pour diviser et créer un chaos civique continuel au lieu de générer des changements constructifs.

La polarisation lors des débats publics semble être devenue la norme. Malheureusement, aujourd'hui chacun se voit obligé de prendre parti au risque d'être stigmatisé.

Qu'on l'apprécie ou non, qu'on l'accepte ou non, vous êtes soit un "bhakt" ou un pseudo libéral. Vous n'êtes plus un individu qui possède le droit fondamental d'avoir un point de vue différent, informé et modéré.

Les quelques uns qui posent des questions et qui désirent tenir un débat raisonnable basé sur des faits deviennent les victimes de puissants groupes lobbyistes querelleurs et menaçants. (...)

La menace et l'intimidation présentes dans les débats et les conversations est devenu une tendance dangereuse aujourd'hui. (...)

Cela se passe partout dans le monde, aux Etats-Unis, en Europe, au Moyen-Orient et en Asie du Sud-Est. Qu'il s'agisse de problématiques de racisme, de droits humains, d'immigration, de travail, de religion ou de droits des femmes, l'espace pour un débat constructif diminue drastiquement alors que celui d'une bruyante propagande s'accroît.

Aujourd'hui, nous avons la possibilité de modifier le dialogue national mais seulement si nous renonçons à imposer nos points de vue et si nous nous rassemblons pour mener des débats sains et constructifs.

Permettons-nous d'écouter, de comprendre et de donner de l'espace à des points de vue différents des nôtres.

Dipti AGRAWAL - DECCAN CHRONICLE - 19 janvier 2018

 

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