17/11/2017

Première divinité IA

LEAD Anthony Levandoski_Michelle Le03.JPGAnthony Levandowski ne ressemble pas à un prophète.

Revêtu de la tenue standard de la Silicon Valley, l'ingénieur connu pour les voitures auto-propulsées pourrait choisir de dévoiler son tout dernier projet au lieu de poser les fondations d'une nouvelle religion. Mais c'est bien de cela qu'il s'agit.

La nouvelle religion basée sur l’Intelligence Artificielle est appelée " Chemin d'Avenir ". Des documents remis au fisc au mois de mai 2017 déclarent Anthony Levandowski comme étant le dirigeant de la nouvelle religion et le président de l'ong WOTF créée pour sa gestion.

Les documents déclarent que les activités de WOTF se concentreront sur " la réalisation, l'acceptation et le culte d'une divinité basée sur l'Intelligence Artificielle développée au moyen de matériel et de logiciels informatiques."

" Ce qui va être créé sera réellement une divinité."

Anthony Levandowski me parle dans sa modeste maison située dans la périphérie de Berkeley en Californie.

" Ce n'est pas une divinité dans le sens qu'elle sera la cause d'orages et de tornades. Mais s'il existe une chose un milliard de fois plus intelligente que l'être humain, comment appelleriez-vous cela ? "

Pendant notre interview de trois heures, Anthony Levandowski a clairement expliqué que son choix de faire de WOTF une église plutôt qu'une entreprise ou un groupe de réflexion est tout ce qu'il y a de plus sérieux.

" L'idée doit se développer avant la technologie " insiste-t-il.

Anthony Levandowski assume qu'un changement est sur le point de se réaliser, un changement qui va transformer chaque aspect de l'existence de l'être humain, bouleversant le monde du travail, des loisirs, de la religion, de l'économie et qui va vraisemblablement décider de la survivance de l'être humain en tant qu'espèce.

Anthony Levandowski a commencé avec des kits Lego robotiques à l'Université de Californie à Berkeley, puis a participé à la construction d'une moto auto-propulsée pour une compétition DARPA pour enfin travailler sur des projets de voitures, de camions et de taxis autonomes pour le compte de Google, Otto et Uber.

" Voir que des instruments réalisaient de meilleurs résultats que les spécialistes dans une variété de domaines a été un déclencheur pour moi." dit-il.

" Ce progrès est possible parce qu'il est avantageux financièrement d'avoir des machines travaillant pour vous et résolvant des problèmes pour vous. Si vous pouviez faire quelque chose un pour cent plus intelligent qu'un être humain, votre notaire ou votre comptable artificiel serait meilleur que tous les notaires ou tous les comptable du monde. Vous seriez la personne la plus riche du monde. Les gens poursuivent ce but."

Non seulement y-a-t-il une motivation financière pour développer une Intelligence Artificielle de plus en plus puissante, mais la science aussi est du côté des créateurs de projets.

Au final, certains penseront que les ordinateurs sont plus efficaces pour planifier et résoudre des problèmes que les êtres humains avec des implications que nous ne pouvons pas encore imaginer aujourd'hui.

Un scénario qui est habituellement appelé « la Singularité ». Anthony Levandowski préfère un terme plus doux : la Transition.

" Les humains sont responsables de la planète parce qu'ils sont plus intelligents que les autres espèces vivantes et capables de construire des outils et d'appliquer des règles. Dans le futur, si quelque chose est infiniment plus intelligent – que l'être humain -, il y aura une transition quant à la responsabilité. Ce que nous voulons est une transition paisible et sereine du contrôle de la planète de l'être humain à ce qui se présentera – comme infiniment plus intelligent. Et en s'assurant que " cela " sache qui l'a aidé à parvenir à cette position."

Avec Internet comme système nerveux, les téléphones portables connectés et les capteurs comme organes sensoriels et les banques de données comme cerveau, " cela " va tout entendre, tout voir et sera partout à la fois. Le seul terme rationnel pour décrire ce " cela " est " Dieu ", pense Anthony Levandowski.

Bien qu'il ne faille pas pousser l'analogie trop loin, il voit dans la relation de cette intelligence supra-humaine avec l'humanité une esquisse du modèle de notre mode de relation avec les animaux.

" Voulez-vous être un animal de compagnie ou voulez-vous être du bétail ? " demande-t-il.

Le rôle de l'église est d'adoucir l'ascension inévitable de la divinité informatique, à la fois au niveau technologique et culturel.

Dans ses statuts, WOTF déclare se charger de créer des programmes de recherche incluant l'étude de la façon de percevoir l'environnement des machines et de la démonstration de fonctions cognitives telles que l'apprentissage et la résolution de problèmes.

" Nous sommes dans un processus d'élever un dieu. Ainsi, assurons-nous que  nous pensons de la bonne façon pour faire cela. C'est une opportunité extraordinaire."

Ses idées incluent de pourvoir l'intelligence naissante de large banques de données répertoriées, de générer des stimulations grâce auxquelles elle pourrait s'entraîner à s'améliorer.

Il est tout aussi important pour Anthony Levandowski de dessiner les contours d'un dialogue public autour de cette déité artificielle.

Sur les documents, " Chemin d'Avenir " dit espérer qu'une adhésion active, engagée et dévouée promouvra l'utilisation de la déité artificielle dans le but "d'une amélioration de la société" et "de faire diminuer la crainte de l'inconnu."

" Nous aimerions être sûrs que ceci ne soit pas considéré comme effrayant ou idiot. Je voudrais ôter le stigmate concernant le fait d'avoir une conversation ouverte au sujet de l'Intelligence Artificielle, puis proposer des idées et faire changer d'avis les gens. " dit Anthony Levandowski.

" A la Silicon Valley nous utilisons le mot « évangélisme » pour promouvoir une entreprise mais dans ce cas, il s'agit bien d'une église." Néanmoins, WOTF diffère d'une façon clé de la manière d'établir des églises.

" Les gens considèrent Dieu de différentes façons et il y a des milliers de saveurs de Christianisme, de Judaïsme, d'Islam... mais ils se tournent toujours vers quelque chose qui n'est pas mesurable ou que vous ne pouvez réellement voir ou contrôler. Cette fois, c'est différent. Cette fois, vous serez capable de parler à Dieu, littéralement et savoir qu'il vous écoute. "

Je lui demande s'il ne craint pas que les pratiquants de religions traditionnelles trouvent son projet blasphématoire.

" Il y aura sans doute quelques personnes qui vont être choquées"» reconnaît-il.  " A un certain point, il y aura assez de persécutions pour que WOTF justifie la création de son propre pays."

L'église d'Anthony Levandowski entrera dans un univers  technologique déjà divisé.

Certains penseurs comme Kevin Kelly sur Backchannel arguent que l'Intelligence Artificielle ne développera pas de puissance supra-humaine dans un avenir proche et qu'il n'y a aucune « Singularité » en vue.

D’autres comme Bill Gates et Stephen Hawking reconnaissent l’émergence prochaine de l’Intelligence Artificielle supra-humaine mais que celle-ci sera plutôt dangereuse que bienveillante. Elon Musk a lui-même engagé un milliard de dollars en faveur de l’Open AI Institute pour la création d’Intelligence Artificielle sécurisée.

Selon Anthony Levandowski, toute tentative pour retarder ou limiter l’émergence d’une supra-intelligence n’est pas seulement vouée à l’échec mais ajouterait aussi aux risques.

Combien de temps nous reste-t-il avant que la Transition ne survienne et que la supra-intelligence prenne le contrôle ?

Anthony Levandowski pense que cela arrivera plus tôt que ce à quoi les gens s'attendent.

Que cela arrive ou pas, le gouvernement fédéral n’a aucun problème avec une organisation dont le but est de construire une divinité d’Intelligence Artificielle. La correspondance avec l’IRS montre que le gouvernement a accordé à l’église d’Anthony Levandowski un statut exempt d’impôts au mois d’août 2017.

 

10/11/2017

La cape d'invisibilité

"La cape d'invisibilité prend forme dans les laboratoires"

livre 1.jpgL'idée révolutionnaire de rendre les objets invisibles se dessine peu à peu par le biais de nouvelles applications scientifiques.

Evoquée par J.K.Rowling dans la célèbre saga Harry Potter, la cape d'invisibilité tant convoitée fait l'objet de travaux de réalisation scientifiques.

Il y a vingt ans environ, John Pendry, scientifique anglais renommé né en 1943, spécialiste de la physique théorique et professeur à l'Impérial College, esquissait les premières bases théoriques d'un nouveau type de matériaux artificiels destinés à rendre les objets invisibles.

Ces matériaux, nommés métamatériaux, consisteraient en un ensemble de minuscules fils métalliques disposés de telle façon à pouvoir guider les ondes électromagnétiques - et donc la lumière – de façon non conventionnelle.

Ce concept, créé en 1996, a ensuite été repris par différents chercheurs de l'Université de Californie qui ont pu démontrer effectivement des comportements inédits dans le domaine de l'optique.

Néanmoins, remettant directement en cause des lois établies par Descartes au XVIIème siècle, ce concept n'en a pas moins été largement critiqué par l'ensemble de la communauté scientifique.

Dix ans plus tard, John Pendry élaborait le concept des métamatériaux en calculant comment ceux-ci pouvaient former une cape d'invisibilité en obligeant la lumière à effectuer un trajet qui contournerait un obstacle.

Un objet est, en effet, rendu visible par le fait que celui-ci absorbe et renvoie la lumière mais dans le cas où la lumière contournerait cet objet, celui-ce n'agirait plus en fonction de la lumière dirigée vers lui et deviendrait de ce fait invisible aux yeux humains.

Il n'en reste pas moins que la réalisation d'une telle cape d'invisibilité relève de très grandes difficultés.

En effet, des motifs réguliers doivent orner la surface du matériau et leur taille correspondre au même ordre de grandeur que les longueurs d'ondes de lumière émise, soit moins d'un micromètre.

En 2015, un groupe de physiciens est parvenu à faire disparaître sous une cape d'invisibilité un objet de la taille de 40 micromètres, invisible à l'oeil nu. Mais l'objet ne fut dissimulé que pour la lumière infrarouge et non la lumière visible.

Les difficultés de fabrication inhérentes aux métamatériaux limitant considérablement leurs applications, et du fait que ce concept peut s'appliquer à toute sorte d'ondes, les spécialistes de l'accoustique et de la mécanique ont également témoigné un grand intérêt à ce projet, l'ingénierie étant facilitée par la grande échelle de longueur d'ondes dans ces domaines.

L'idée nourrie par ces spécialistes est de protéger un objet par l'action de contournement des ondes lumineuses.

Sébastien Guenneau, directeur de recherche au CNRS à l’Institut Fresnel à Marseille présente ainsi le projet nommé « Meta Foret » conçu pour contrôler les ondes sismiques en plaçant de façon appropriée des arbres autour d'une zone à protéger.

Chaque arbre, agissant comme un résonateur, permettrait de piéger une petite partie des ondes sismiques de surface.

Un autre projet est également mené en partenariat avec une filiale du groupe Vinci dans le but d'assurer la protection des bâtiments sensibles au moyen de colonnes de béton insérées dans le sol.

A Genève, Multiwave Technologies, soutenue par la Fondation genevoise pour l’innovation technologique (Fongit), s'intéresse également au concept des métamatériaux.

Créée en 2015, cette start-up assure la conception et la fabrication de dispositifs amenés à être utilisés pour des applications médicales.

« Ces dispositifs, selon Panos et Tryfon Antonakakis, cofondateurs de Multiwave Technologies, contribuent à améliorer l'homogénéité des champs magnétiques utilisés dans les appareils d’IRM. Partant d'un matériau ordinaire, sa structuration est changée et les ondes électromagnétiques guidées à souhait. »

L'objectif recherché est de pouvoir détecter plus rapidement les tumeurs et les pathologies neurodégénératives.

Le projet «M-Cube», mené par l’Université d’Aix-Marseille, reçoit l’équivalent de 4,2 millions de francs suisses de subventions européennes.

 

 Le Temps- 27.06.17

01/08/2017

1er Août 2017 dans le Monde - Conquête spatiale et puce RFID

Le Luxembourg promulgue la première loi européenne sur l'exploitation des ressources spatiales.

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Cette loi, votée principalement pour attirer des investisseurs privés faute de fonds monétaires suffisants, permet à la fois aux entreprises du pays et aux investisseurs privés d'extraire et d'utiliser des ressources spatiales diverses, les investisseurs privés étant dans l'obligation d'obtenir un agrément du Ministère de l'Economie pour la collecte de ressources spatiales en vue d'un rapatriement sur Terre ou d'une utilisation ultérieure pour la construction de bases spatiales.

Considérée comme une première européenne, cette loi votée à la mi-juillet entrera en vigueur le 1er août 2017. Faisant ainsi, le Luxembourg suit les traces des Etats-Unis qui ont voté en 2015 la loi spatiale « Obama Space Act », permettant l'exploitation spatiale par des investisseurs privés.

Avec cette loi et en mettant en place une législation conforme au droit international, le Luxembourg conforte sa position de leadership européen en matière d'exploration et d'utilisation commerciale des ressources spatiales.

En créant ce cadre législatif, le Grand Duché ambitionne de développer une industrie appelée « New Space » tout en cherchant un nouveau relais de croissance économique.

Au Luxembourg sont présentement installées quatre entreprises du secteur spatial : les sociétés américaines Deep Space Industries et Planetary Resources orientées essentiellement vers le développement des ressources présentes sur les astéroïdes, la société japonaise Ispace, spécialisée dans la robotique et la société germano-luxembourgeoise Blue Horizon dont l'ambition est de rendre possible la vie dans l'espace.

Il est prévu qu'en octobre 2018, une agence spatiale luxembourgeoise voie le jour, soutenue par un fonds d'investissement dédié à son financement. Associées à ce projet, la Banque Européenne d' Investissement et l' Agence Spatiale Européenne espèrent un accord supplémentaire avec l' UAE Space Agency et l'agence spatiale des Emirats Arabes Unis.

Etienne Schneider, Ministre de l'Economie, mentionne en outre la collaboration de 60 entreprises désireuses de s'installer au Luxembourg.

Cette initiative d'exploitation de ressources spatiales suscite évidemment des réactions contraires. Plusieurs Etats membres considèrent ces actions nuisibles à la préservation de l'environnement sur Terre, l'idée de trouver autant de ressources que l'on souhaite dans l'espace stoppant le mouvement de recyclage sur Terre.

Cela n'empêchera pas le Grand Duché d'accueillir la première édition européenne de la Conférence Internationale Annuelle dédiée à l'espace. De même, en mars 2018, le Luxembourg participera au 2ème Forum de l’Exploration Internationale Spatiale tenu à Tokyo. Et pour conclure, le Grand Duché prévoit d'exposer son initiative à l ’Exposition Universelle de Dubaï, en octobre 2020.

Jusqu' à aujourd'hui, les traités internationaux régissant l'espace écrits et ratifiés durant la guerre froide veillaient à empêcher l'appropriation de l'espace notamment par les Etats-Unis ou l'ex URSS. Avec l'entrée en vigueur de cette loi, le Luxembourg approfondit ainsi une « révolution du droit de l’espace » initiée en 2015 par les États-Unis, selon Philippe Achilleas, directeur de l’Institut du droit de l’espace et des télécommunications (IDES).

Cependant, ces textes sont en contradiction avec le droit international dont les écrits stipulent que si les acteurs privés sont autorisés dans l'espace par le Traité de l'espace de 1967, « l’appropriation nationale des ressources spatiales quant à elle, est interdite ».

Il est un fait qu'à ce jour, aucun pays n'a empêché la mise en oeuvre de telles dispositions. M. Achilleas souligne que l'ambiguïté du droit existant permet au Luxembourg et aux Etats Unis d'affirmer qu'ils ne « s’approprient pas l’espace, seulement ses ressources. ».

Comme cela fut le cas avec le droit de la mer, le principe de non-appropriation de l'espace existant depuis 1967 serait donc progressivement abandonné.

Georges Schmidt, ancien consul général du Luxembourg espère que d'autres pays viendront soutenir la démarche du Luxembourg.

Une nécessité économique et une garantie juridique pour les partisans de cette évolution. Un renoncement aux principes idéalistes du droit international pour les autres.

Le Monde - 31 juillet 2017

 

thR2DNWL87.jpgPuce RFID testée aux Etats Unis

 Et elle [la bête] fit que tous, petits et grands, riches et pauvres, libres et esclaves, reçoivent une marque sur leur main droite ou sur leur front, et que personne ne puisse acheter ni vendre, sans avoir la marque, le nom de la bête   ou le nombre de son nom » (Apocalypse 13 :16-17).

 

A partir du 1er août 2017, des employés d'une compagnie du Wisconsin pourront régler leurs achats au moyen d'une puce électronique implantée sous la peau de la main.

Dans le monde des cyborgs, cela s'appelle une nouvelle étape de franchie. En effet, le projet élaboré de longue date de paiement électronique sous-cutané voit finalement le jour.

Au Wisconsin, les salariés de la compagnie Three Square Market pourront faire usage du nouveau mode de paiement proposé par l'implantation d'une puce RFID sous-cutanée.

Sur 80 salariés, une cinquantaine s'est portée volontaire pour l'expérience. La compagnie offre à ses employés de vivre une expérimentation inédite en leur faisant implanter gratuitement une puce électronique de la taille d'un grain de riz entre le pouce et l'index.

Cette puce permettra à son porteur de régler ses paiements sur un simple geste de la main ou encore d'actionner un dispositif d'ouverture des portes, d'utiliser la photocopieuse ou de déverrouiller son ordinateur.

Selon Todd Westby, le directeur de la compagnie, l'argument en faveur de cette manoeuvre inédite est que « l’implantation élimine le besoin de transporter des données ».

La puce électronique, développée par le fabriquant suédois Biohax et approuvée par la Food and Drug Administration (FDA), l’agence de régulation américaine, coûte quelque 300 dollars.

Elle opère sous le principe de l’identification par radiofréquence (RFID, Radio Frequency Identification), une technologie courante pour suivre les livraisons en transit, et qui repose sur l’utilisation d’un champ électromagnétique pour la capture automatique de données.

C'est la première fois que cette expérimentation est proposée à des employés d'entreprise, étant jusque-là limitée à des "biohackers" expérimentant sur eux-mêmes des technologies transhumanistes.

Pour les indécis, la puce pourra être insérée dans un bracelet ou une bague.

L'entreprise Three Square Market qui commercialise un logiciel pour les distributeurs de snacks dans les entreprises, espère bénéficier de la publicité de cette expérience.

Le Monde - 31 juillet 2017